Mongolie, juin juillet 2019, Nathalie

COMPTE RENDU DU SÉMINAIRE «  AUX ORIGINES DU CHAMANISME »
MONGOLIE JUIN/ JUILLET 2019

Ce séminaire avait pour objet l’immersion dans la culture mongole et la découverte du système de soins où le chamanisme retrouve une place de plus en plus importante après les années de domination russe.
Il y a eu 2 sessions d’organisées : L’une du 25 juin au 9 juillet réunissant 14 participants dont 13 médecins, le comédien Bernard Laborde et moi-même ; L’autre du 9 au 23 juillet réunissant 11 participants (dont 8 médecins), le comédien Franck Dautais et moi-même. Nous avons été accompagnés pour les 2 sessions par la même guide interprête Oyun, parlant français et qui a parfaitement rempli son rôle de traductrice mais aussi d’organisatrice, de facilitatrice de la d écouverte de la culture mongole, étant tout à fait disponible pour répondre à toutes nos questions. Elle a par ailleurs participé à tous les ateliers proposés. Nous avions 3 chauffeurs (et donc 3 véhicules) pour la 1ère session et 2 pour la seconde. C’étaient des camions russes adaptés pour rouler dans la steppe et passer partout y compris dans les rivières lorsque c’était nécessaire !

Les méthodes pédagogiques utilisées étaient :
Immersion et observation, outils de base de l’anthropologie.
– Immersion dans les familles nomades par petits groupe (4 à 5 personnes) permettant la découverte du mode de vie et de la culture mongols
– Visites d’un hopital et d’une clinique de soins traditionnels permettant de découvrir le système de soins mongol et l’épidémiologie
– Rencontres avec des chamans et participation à des cérémonies (4 pour chaque groupe)

Ateliers théâtre pour stimuler la curiosité et la sensibilité, développer la capacité à être dans le moment présent et être ouvert à ce que l’on peut recevoir sans passer par le filtre du mental, accueillir la différence.
– Travailler la diction
– Restituer l’expérience

Travail à partir d’un poème mongol. Environ 1 jour sur 2, différentes propositions à partir de vers choisis par les participants, travail par 2,3 ou en grand groupe pour l’accordage, la dynamique du groupe, la finesse du ressenti (mise dans un état de réceptivité)

Lecture quotidienne d’un conte mongol par les participants : Travail sur la diction,connaissance de la culture, dynamique du groupe.

Pour l’organisation logistique de ce séminaire, j’ai choisi l’agence locale franco-mongole Ciel mongol dont nous avons été très satisfaits

Déroulé :

J1 Accueil des participants très tôt le matin (vols de nuit) transfert au Voyage Hotel de Oulan Bator
Repos
En fin de matinée nous partons déjeuner puis à la clinique Mongem. Nous sommes accueillis par le médecin responsable, fille du fondateur de la clinique, qui -bonne surprise- parle parfaitememnt français. (Le mongol est une langue impossible à comprendre encore moins à prononcer tellement riche de sonorités incroyables!)
Elle nous présente lors d’un exposé, la médecine traditionnelle mongole, mélange de médecine traditionnelle chinoise (acupuncture), de médecine ayurvédique (massages), de phytothérapie utilisant uniquement des plantes poussant en Mongolie et de médecine tibétaine. C’est une clinique de 40 lits. S’en suit un échange très intérressant.
Ceux qui le souhaitent peuvent bénéficier d’un soin, c’est le cas de 10 personnes. Le soin consiste en interrogatoire, prise de la PA et des pouls, prescriptions : Selon les cas phytothérapie et/ou massage et/ou acupuncture avec parfois moxas.
Le soir après le diner nous nous retrouvons pour de plus amples présentations (nous avons choisi de faire cet atelier le soir car le matin les participants étaient trop fatigués par le voyage de nuit et un temps de repos était indispensable)
Chacun est invité à se présenter à partir d’un objet (ou de sa photo) qui lui est cher et/ou qui le représente puis je présente le programme et surtout les différentes méthodes pédagogiques qui vont être utilisées lors du voyage.
Ensuite chacun prend connaissance du poème puis lecture commune.
Enfin le comédien fait différentes propositions d’exercices en cercle visant à introduire les ateliers et à l’accordage du groupe.
Nuit à l’hôtel

J2 Visite d’un hôpital de discrit à Oulan Bator. Accueil par le médecin chef, là encore une femme, 80% des médecins mongols sont des femmes. A partir d’un power point le médecin nous explique le système de soins mongol,le fonctionnement de l’hôpital, les différentes pathologies rencontrées puis temps de questions/réponses et visite des différents services.
Après le déjeuner, rencontre avec des chanteurs de chant diphonique, spécialité de la culture mongol, dans une école de chant. Très bon accueil, explication de la technique et démonstrations. Certains s’y essaient avec peu de résultats… !
Puis nous partons pour le parc Khustai à 2h de route de la capitale. Ce parc abrite les chevaux sauvages de Przewalski que nous allons observer après le diner au coucher du soleil.
Lecture d’un conte.
Première nuit sous la yourte par 2 (camp de yourtes)

J3 Atelier poème puis visionnage d’un film explicitant la création du parc Khustai et la réimplantation et la protection des chevaux sauvages Przewalski.
Départ pour le petit Gobi.
Atelier théâtre dans les dunes dans un décor naturel exceptionnel. Plusieurs propositions travaillant principalement la confiance.
Nuit en 3 groupes chez des familles nomades.

J4 Les 3 groupes se retrouvent sous une pluie battante pour visiter un monastère puis atelier théâtre sous une grande yourte (météo oblige) . Cette fois travail de la diction, création d’une histoire à 3 et jeu.
Conte
Nuit en famille (nous sommes tous dans la même famille répartis en plusieurs yourtes d’hôtes)

J5 Atelier poème
puis départ pour Olziit
En chemin arrêt à Karakorum, visite du musée et du magnifique monastère d’Erdene Zuu.
Arrivée tardive à Olziit et répartition en 3 familles au milieu d’une nature magnifique pour 3 nuits

J6 On se retrouve le matin en grand groupe pour aller rencontrer la chamane Ganjigur qui nous reçoit chez elle et nous explique comment elle est devenue chamane à la suite d’une longue maladie. Temps de questions/réponses puis programmation de la cérémonie du lendemain qui aura lieu chez ses parents dans la steppe à 15 km du village. Visite du village et achat du « matériel » demandé par la chamane pour la cérémonie : 1 bouteille de lait, 1 bouteille de vodka , du beurre jaune pour les bougies et une écharpe de cérémonie.
Puis retour dans une des 3 familles qui a préparé un repas festif de mouton grillé sur des pierres chaudes, un régal, le tout arrosé de vodka, si si notre hôte y tient ! Puis atelier théâtre avec nos hôtes mongols. Grand moment joyeux de partage et de rires gràce à la traduction de notre guide-interprète Oyun. Nos hôtes sont ravis et se prêtent au jeu avec beaucoup d’enthousiasme.
Conte
Retour et nuit dans nos familles respectives

J7 Jour de notre première cérémonie chamanique. Nous avons rendez vous avec Ganjigur. Nous passons la prendre puis nous nous rendons chez ses parents à travers la steppe.
1er temps de la cérémonie : Rituel de purification : on nous lave avec de l’eau chauffée avec un mélange de plantes et versée sur des pierres chaudes puis à l’extérieur en demi cercle, on nous demande de procéder à differents rituels : jeter du beurre et une poudre de plante dans le feu, puis jeter dans 8 directions du lait puis de la vodka en répétant son prénom. Pendant ce temps Ganjigur, revêtue de son habit de cérémonie virevolte autour de nous en jouant du tambour.
Puis nous rentrons sous une yourte. Là Ganjigur a installé tout le matériel nécessaire au rituel et les offrandes pour les esprits. Chacun est invité à passer devant elle et reçoit « un soin » . tout le monde joue le jeu sauf une personne. La cérémonie dure jusu’à 16h mais nous avons l’impression d’être hors du temps.
Lorsque la cérémonie prend fin nous mangeons le repas préparé par nos familles respectives (organisation parfaite) puis en rentrant nous nous arrêtons dans un bel endroit de la steppe pour débriefer. Chacun prend la parole et s ‘exprime sur son vécu de la cérémonie qui a été riche en émotions.
Puis 3ème proposition pour le poème
Retour en famille
Dans notre famille, nous assistons au dressage d’un cheval : pour la première fois on lui passe un mord, on met la selle, puis 1ère monte (après plusieurs essais et une patience incroyable) et puis grand galop dans la steppe dans un décor idyllique le soleil se couchant au fond de la vallée!Mémorable !

J8 Grande journée de piste à travers la steppe pour rejoindre la ville de Moron. Pique nique au bord d’une rivière.
Lecture d’un conte
Diner et nuit à l’hôtel

J9 Atelier poème au palais de la lutte de Moron !
Puis court transfert jusqu’au bord du lac Kogsvol
Installation en camp de yourtes pour 3 nuits.
Atelier théâtre
Conte

J10 Rencontre avec Enkthuya, grande chaman de Mongolie, de l’ethnie des tsaatans. Elle a été le sujet de plusieurs livres notamment de Corinne Sombrun, Les tsaatans sont éleveurs de rennes, il n’y a plus que 40 familles Tsaatans. Brigitte, chaman française initiée par Enkthuya, auteur du livre « La chamane qui lit sur les visages » est présente et nous permet de mieux comprendre les différents aspects du chamanisme.
Sous le tipi d’Enkthuya, chacun se présente, temps d’échanges et de questions.
Puis nous partons pour le grand Ovoo du lac, fameux lieu de cérémonie. En chemin, nous nous arrêtons pour acheter le matériel demandé pour la cérémonie. Cette fois : 1l de vodka, 1l de lait, des bonbons, des cigarettes, des écharpes… !
Le grand ovoo est un lieu très impressionnant, un ovale en peine forêt, bordé par des structures en bois comme celles qui forment l’armature de tipis recouvertes d’écharpes de toutes couleurs.
Sont présents les chamanes Enkthuya et Brigitte, 3 apprentis chamans, une dizainede mongols venus assister à la cérémonie et notre groupe. Nous sommes assis en ½ cercle. Les chamans sont habillés par leurs « touchis » : bottes, grand manteau recouvert de tas d’objets ayant chacun une signification, puis bandage des yeux et pose d’une coiffe ornée elle aussi de différents éléments tels que des plumes d’aigle, des bois de rennes…Puis les chamans jouent du tambour pour appeler leurs esprits, leurs touchis respectifs les tiennent pour qu’ils ne tombent pas ni se blessent pendant leur transe. Nous regardons ce spectacle fascinés….
Retour au camp de yourte et débriefing : Chacun s’exprime sur son vécu de la rencontre et de la cérémonie.
Conte

J11 On retourne au tipi de Enkthuya et cette fois débriefing en présence des chamanes. Bien sur cette fois ce ne sont pas exactement les mêmes choses qui sont dites.
Puis organisationd’une nouvelle cérémonie, cette fois aux 13 ovoos à proximité du tipi d’Enkthuya.
En attendant la préparation de la cérémonie, atelier poème.
Puis nouvelle cérémonie et cette fois chacun la vit « plus intérieurement » en fermant les yeux
Retour au camp
Débriefing
Conte

J12 C’est le premier jour du festival des rennes de l’ethnie Tsaatan, Enkthuya grande figure de son ethnie a déplacé son tipi sur le lieu du festival un peu plus loin au bord du lac. Nous nous y rendons ce qui nous permet d’assister au montage de tipis et de voir beaucoup de rennes, animaux très pacifiques.
Nouvelle cérémonie, débriefing cette fois individuel avec Brigitte.
Puis nous assistons à quelques spectacles du festival (chansons, danses, jeux traditionnels)
Retour au camp,
Atelier théâtre
Les consignes sont données pour la restitution : En 3 groupes, les participants sont invités à restituer le séminaire sous forme théâtrale à partir de toutes les expériences vécues et du contenu des ateliers
Débriefing
Conte

J13 Départ pour Moron où nous allons prendre un vol de retour pour Oulan Bator
En chemin repas et dernier atelier poème
Vol intérieur, transfert à l’hôtel

J14 Matin 1h30 pour préparer la restitution (les participants ont commencé à réflèchir pendant les temps d’attente à l’aéroport) puis restitution : Chaque groupe présente sa petite création.
Puis tour de parole et chacun s’exprime sur le ressenti du séminaire
Après midi libre
On se retrouve à 18h pour un spectacle de chants et danse traditionnels de grande qualité
Diner festif. Fin du séminaire

J15 Départ pour la France

Le programme de la seconde session était identique à ceci près que :
L’itinéraire s’est fait dans l’autre sens en commençant par le lac Kogsvol et la rencontre avec Enkthuya ( nécessaire car il était impératif que Brigitte soit présente auprès d’Enktuya, celle-ci n’acceptant de recevoir des groupes de visiteurs étrangers qu’en sa présence)
Les dates correspondaient aux fêtes du Nadaam, grande fête nationale mongole avec des jeux traditionnels : lutte, tir à l’arc, course de chevaux…auxquels nous avons pu assister
Le comédien Franck Dautais a proposé des ateliers théâtre utilisant plutôt les techniques de l’improvisation.
Cette fois, dans ma famille à Olzit nous n’avons pas assité à la première monte d’un cheval mais aux soins de dentisterie pour les chevaux de 2 ans. Certains ont une ou 2 dents surnuméraires qui les gènent et sont arrachés à la pince, cheval couché après avoir été attrapé au lasso. Très impressionnant aussi !!

Commentaires : Dans l’un et l’autre groupe les participants étaient enchantés de ce séminaire.
J’ai particulièrement été touchée par les paysages de la Mongolie et ce peuple très accueillant qui a un rapport tellement direct et simple avec la nature et les animaux, alors que les conditions de vie sont loin d’être faciles surtout en raison de la météo (les températures peuvent descendrent jusqu’à moins 40 l’hiver)
De même notre intégration aux cérémonies chamaniques et dans les familles nomades s’est faite d’une manière très simple. Le professionalisme de notre guide interprète Oyun ainsi que de l’agence Ciel mongol, l’accueil des différentes personnes rencontrées, tout ceci a permis une dynamique de groupe exceptionnelle, renforcée par les méthodes pédagogiques utilisées, toujours un peu expérimentales dans les séminaires que je propose !
Petit bémol : Le premier itinéraire était plus adapté car l’immersion était plus progressive et la rencontre avec Enktuya s’est faite en fin de séminaire alors que la cohésion et la dynamique du groupe étaient très bien installées, ce qui était plus confortable pour « plonger » dans les cérémonies chamaniques.

Nathalie Leconte

Mongolie, juillet 2019, Bernard

Extraits du journal de Bernard

JOUR 1
On peut considérer que c’est le premier jour !
j’ai pu m’échapper du groupe ce matin pour marcher seul, m’acheter des clopes, seul, tirer du fric, seul, et regarder la vie, là. Un quartier vraiment populaire avec des échoppes plus ou moins improbables où se vendaient et se bricolaient bois, ferraille et quincaillerie et matériaux en tout genre !… Les hommes au travail avec toute leur impudeur et leur façon d’être là, vivants et suants et non méfiants. Dans la zone, comme en Afrique !
En plus, la chaleur et le fourmillement aidaient à penser ça. C’était bon, j’ai commencé à me sentir à ma place. Y a un bon feeling avec les Mongols. Personne n’essaie de te vendre quoi que ce soit ! pas d’arnaque en vue, donc de l’apaisement, rassuré !
Repas franchement délicieux et partagé autour d’une immense table ronde puis démonstration plutôt sympa de chant diphonique, deux jeunes, tranquilles, dans leur école de chant, un appartement au troisième étage d’un immeuble. Les gens du groupe sont sympas, on a essayé un peu, le chant mongol, sans succès bien sûr.
Et puis nous sommes partis, enfin ! et dans trois minibus plus qu’improbables, des espèces de véhicules brutaux russes, hauts sur roue et très, très sobres (l’intérieur fait penser aux vieilles 2 CV) mais confortables et… sûrs !
Quitter la ville, les faubourgs, espèces de favelas avec cabanes colorées et yourtes mélangées.
Et puis une longue route droite, toute droite, qui s’enfonce dans le no man’s land, steppes à l’infini, semi-montagneuses, avec de temps en temps des camps de yourtes.
Et puis nous avons pris la piste, ils roulaient à fond, traversant la steppe comme un cheval fou et joyeux de pénétrer dans cet univers où le regard glisse sur les vallons ratiboisés mais pas arides, rien à voir avec l’Afrique ! sensation d’un endroit où l’homme n’a pas encore pénétré !…
Sensation délicieuse de voyager, de pénétrer avec la sensation d’être accueilli ! j’étais comme le véhicule, comme le cheval fou, et gai, et heureux ! je suis content d’être là, je commence à trouver ma place, à trouver la bonne distance avec les autres, ni trop, ni pas assez !
On a lu un conte, c’était bien, avec les autres…
Je dors dans la yourte, avec Nathalie, c’est cool. J’espère que je vais bien dormir. Je vais penser à ces chevaux, sauvages, mais… pourquoi on est là ? à prendre des photos ?
A demain.

JOUR 3
Ça y est, le temps a changé, c’est du sérieux, vent balaise avec pluie fine, grêle et la température en chute (libre…) et les nuages sur nous… plus d’horizon, bref, une autre réalité ! On décolle, on se serre, on se réchauffe…
Evidemment, là, c’est plus pareil, il pleut, il fait froid, y a du vent… Et la brume nous enlève l’horizon. Dans le camion à se tenir dans les cahots et les sursauts, y a des fuites au plafond, on essuie continuellement la buée pour y voir dehors…
Au détour d’un amas de rochers se découvre une espèce de cirque rocailleux qui émerge de la steppe. Temple bouddhiste, avec ses drapeaux, ses couleurs or, orange et rouge. On s’arrête et on visite, temple principal en ruine et d’autres tout petits retapés. C’est sympa, mais il pleut, fort. Boutique “Art shop” évidemment, au milieu de nulle part ! Tu te demandes comment les deux ou trois personnes là viennent bosser le matin ? En fait, y a une yourte, évidemment ils dorment là ! Boutique plutôt sympa, je trouve de l’encens, du vrai. J’en prends !
Route encore, au milieu de nulle part et on arrive vers 12 h chez notre nouvelle famille. Six yourtes dans la plaine en bordure de rocs, quatre cents têtes de bétail, vaches, chèvres, chevaux et moutons. Quatre à six personnes, et quatre à six gosses. L’accueil, comme d’hab, est franchement chaleureux mais sans aucune exagération ! J’aime beaucoup.
On mange, la pluie cesse et devient intermittente, comme moi ! (…). On fait un atelier théâtre. J’en n’ai pas encore parlé, mais j’essaie, dans le fun, de les rendre plus sensibles et moins dans leurs certitudes… et ça marche… c’est sympa…
L’atelier, on le fait dans notre yourte (cinq mètres de diamètre, cinq lits à une place) because le mauvais temps ! Puis on finit dehors (accalmie) pour leur faire porter la voix !!! Ensuite, pause, et je me suis extirpé au lointain, assis dans la steppe, face au sud, relaxation bienvenue, je respire, mon regard porte loin, si loin, et le ciel, le ciel est extraordinaire, si grand, si loin. Je ferme les yeux… je les rouvre : je suis entouré de “chiens de prairie”, sorte d’octodons, debout sur leurs pattes, intrigués, qui me regardent… Je ne bouge pas, eux, rassurés, commencent à s’affairer, ils sont dix, quinze, vingt, aussi loin que porte mon regard, y en a partout !! Je bouge pas, c’est génial de les voir vivre. Le sol est truffé de trous, il doit y avoir des kilomètres de galeries dessous !… Je bouge un bras ! Pfuit ! Plus personne, tout le monde se précipite avec leurs petites pattes et disparaît dans les trous ! Je reviens tranquille au camp, repas cool, tous ensemble, soupe aux légumes et mouton, et du yaourt, évidemment. Chanson et dodo ! En fait, on est chez le père du médecin – l’oncle, et son fils sont là.

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JOUR 4
Et personne, personne à l’horizon ! Juste une piste qui traverse, tout droit, et tu avances. De temps en temps, une yourte avec un troupeau et basta. Tout est très apaisant ! “Ecoute le silence” comme dirait la Chamane. Là, je suis assis à une table fortuite dans la yourte à cinq lits de la famille qui nous accueille, à la lumière solaire, avec un petit verre de vodka. Les autres (Nathalie, Caroline, Didier et Sophie) lisent, couchés avec leur frontale, le poêle dispense une grosse chaleur, il est 22h30, la nuit est tombée et je vais me coucher. Le poêle va s’éteindre alors gaffe, mon duvet n’est pas suffisant (ça y est je le sais…) donc je vais m’habiller pour pas cailler ! J’espère que je vais mieux dormir. Demain debout 7h, départ 7h30. Rendez-vous avec la chamane à 8h30 dans une yourte plus loin, plus proche du village. Ici, vision de Paradis, ruisseau, petites montagnes avec mélèzes… Un peu comme en haute montage chez nous ! Mais y a les Mongols !

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JOUR 6
Grosse fatigue ce soir, mais c’était bien ! On a retrouvé tout le monde et on est allés au village chercher la chamane et re trente minutes de piste pour aller sur le lieu de la cérémonie ! Accueil par sa famille (un vieux, un jeune homme, son assistant et un grand gosse). Et on nous a servi le thé au lait de bienvenue, et les gâteaux secs, et des morceaux de fromage en dés séchés, immangeables tellement ils étaient durs !
La chamane se prépare, cérémonie dehors (avec tambour et masque, assez impressionnant !…) où on participe, on jette du matos dans le feu (beurre jaune, herbes, etc.). La chamane virevolte et crie autour et dans tous les sens, les autres s’affairent autour, tout le monde semble trouver tout ça assez normal, tous étaient très attentifs !… Etonnamment simple en fait !
Et puis dans une des deux yourtes, genre sauna, on s’y déshabille tous et la vieille et le vieux nous submergent d’une eau chaude genre soupe avec des épices (genévrier) et du gras genre mouton ?… Assez dégueulasse mais bon, au bout du compte ça le fait, sensation assez agréable sur le corps, et faut pas essuyer et faut pas se laver avant demain ! C’était assez fun, et plutôt émouvant, de se retrouver tous awalpé sous cette yourte (que des vieux sauf quatre jeunes, et je nous trouvais plutôt assez beaux, tous !…).
On se rhabille et hop, sous l’autre yourte, tous assis avec la chamane assise au fond et chacun passe à son tour : rituel, chaleur dans les mains, etc. La chamane avec son masque parlait une autre langue, celle d’un vieux , et son assistant qui traduit, en Mongol, et OYUN qui traduit en français etc… Y a eu des moments forts, larmes et crises de battements de cœur pour certains (les deux jeunes filles…), et le temps qui s’étire, une heure, deux heures, trois heures, quatre heures, et on le sent pas passer (étonnant).
Et cette impudeur (comme en Afrique) du soin collectif !… J’y suis passé, un peu déçu, je voulais être prêt mais je n’ai pas ressenti grand-chose… dommage. Je lui ai dit que j’avais mal au genou, des problèmes de souplesse au niveau des hanches, un déséquilibre global… Elle a repéré l’opération (lui avais-je dit ? non !…) et m’a dit que c’était la cause, m’a dit de continuer, de continuer de faire (ou c’est moi qui le pense ? je ne sais plus). Elle m’a chargé la main droite en énergie pour que je puisse faire un posé main gauche dos / main droite ventre (là où y a ma cicatrice ! (le savait-elle ? je ne crois pas…) pour drainer tout ça ! Et c’est tout, j’appréhendais bien sûr des considérations plus personnelles, plus violentes, du genre “arrête de mentir, de te mentir, change de vie, tu n’aimes pas Mireille, etc…”, mais bon, rien ! Ouf !…
En fait, je pense qu’il faut que j’arrête de flipper, de me plaindre et que je peux me faire confiance. Ah ! Je suis content et enthousiaste pour la suite de ma vie. J’ai bon espoir, ça va le faire !!!
Ce soir, c’est très calme, tout le monde est nase. Dodo, vite, demain petit déjeuner à 7h et départ, sept à huit heures de route et de piste vers le lac au nord de la Mongolie ! On va encore changer de lieu, et d’espace.

Je leur ai fait un atelier sur l’invisible et sentir l’autre (épopée de l’aveugle) et c’était bien. Après toutes ces routes, ça nous a fait du bien à tous ! Ils commencent à comprendre le but de mes ateliers, et c’est cool. Ils sont de plus en plus calmement réceptifs !

Seul hic, il pleut comme vache qui pisse ! et ça commence à mouiller sérieusement.

JOUR 9
Ça y est, ce matin on part voir Entekuya. Grosse surprise, on déboule au col où on s’était arrêtés en arrivant avec tous les vendeurs à la sauvette, et… Enketuya est installée ici ! ça alors !!!
Derrière, un peu au fond, sous un tipi, on entre et vraiment feeling de ouf ! Il pleut à verse dehors et bien sûr, c’est un peu humide ! mais l’âme est là. Et une ambiance étonnante ! aucune frime ! C’est comme ça, ici, en Mongolie, aucune frime, pas de hiérarchie, personne se la pète, et ils se fendent la gueule, putain, aucun problème de contact avec eux !… Communication, oui !, mais pas de problème de contact. Etonnant.
Et puis y a Brigitte, la Française, qui a écrit le bouquin. Accueil simple, chaleureux, et à tous, sous le tipi. Discussion simple, autour du poêle, Enketuya qui se fend la gueule, et qui fait des vannes. Y a aussi Anne, une autre Française (de Moissac !) qui est là, depuis le début avec Brigitte, et pareil, aucune frime, elle sait qu’elle n’est pas « à la hauteur » de Brigitte, mais elle s’en fout !
Et on décolle tous pour une cérémonie globale sur l’ovo du lac (150 km de long sur 45 km de large) et on part, on sait pas quand on va manger, on sait rien en fait !… Mais on s’en fout ! Et re une heure de piste au travers de la forêt et on débouche dans un endroit… étonnant (je sais plus comment dire…), un lieu dans la forêt de mélèzes avec des espèces de tipis ouverts, en cercle qui, du coup, font comme une cour avec un espace au milieu. Ils préparent un grand feu. Tous les tipis autour sont décorés de foulards et tissus de toutes les couleurs, délavés, et les chamanes se préparent, et le feu prend de l’ampleur. Et boum boum et d’autres, Anne et une Italienne complètement ouf (on dirait Elton John), qui jouent de la guimbarde et tout le monde qui s’affaire à tout ça dans la plus parfaite bonne humeur, et les corbeaux qui croassent, et ça démarre petit à petit, aucune frime toujours, les chamanes (Enké et Brigitte) démarrent leur danse au tambour, entourés de ceux qui les retiennent (ils sont aveuglés par leur masque) et ça frappe, et ça guimbarde, et ça brûle, et ça pue, et ça le fait.
Je suis là, vraiment, à côté de Nathalie, et nous participons, pas seulement spectateurs, participons à l’énergie globale (c’est eux qui nous le disent, ils ont aussi besoin de nous que nous d’eux pour qu’un esprit arrive et prenne possession !!!). Je ne ressens pas grand-chose, si ce n’est une super énergie. Je me concentre, je m’ouvre. Je suis là et pas ailleurs, merde !!!
Brigitte la chamane, s’avance peu à peu dans sa danse. Je me concentre sur l’instant. Je participe, je sens (yeux fermés) une énergie forte, fulgurante, qui me propose un tunnel dans lequel s’engouffrer, c‘est très fort, c’est super (mais j’ai la sensation que je peux ressentir ça chez moi, en me concentrant…), et puis bam ! je me prends le bâton de Brigitte la chamane sur la lèvre, rien de grave, mais ça me réveille tout de suite, j’ouvre les yeux, c’est une erreur de son Toshi (qui la retient), trop près ! Je me demande si c’est un signe, Bri s’arrête, suspend son bâton sonnant autour de moi et dégage sur le côté. C’est juste un incident, pas un signe me concernant ! même pas ! et merde ! Dommage, mais c’est pas grave, on s’en fout, y a pas de hasard !!!

…/…

C’est normal, c’est normal qu’on soit tous touchés et concernés par les mêmes choses, après tout on vit tous plus ou moins les mêmes joies, les mêmes problèmes, les mêmes émotions. Oui, je penche pour cela, rien de grave, l’important est de rester sensible à ce qu’il se passe autour de nous, mais ne jamais perdre le sens de soi, ce petit bonhomme dont parle Mireille, et quand je veux poser la question « est-ce que je dois suivre le chemin que je sens qui se présente aujourd’hui ou est-ce que je me mens à moi-même ? », en fait la réponse est en moi, je sais la réponse, déjà, j’ai qu’à l’entendre ! elle est en moi ! Oui ! Je vais suivre le chemin que je sens qui se présente à moi aujourd’hui !!!
Grand balaise et petit merdeux, on est tous pareils, égaux, sur le même plan, et VIVE L’ANARCHIE !!!

JOUR 10
Y a quelque chose qui se passe, je commence à avoir envie de rester plus longtemps, je commence à décrocher des ateliers théâtre, je commence à avoir envie d’être totalement disponible à ce qu’il peut se passer…
Retour sous le tipi d’Enketuya, toujours aussi bon accueil, cette bienveillance, on s’explique.
Le coup de mailloche sur la lèvre, me dit Brigitte, ça devait être un petit rappel « ho ! tu es là ? arrête de penser, arrête d’observer, sois ouvert, réceptif ! ». Pas con. Je pense qu’elle a raison. Je travaille à être là, dispo, mais quoi ? Pas besoin d’y travailler, sois-le et puis basta ! Et, la petite honte et vexation passée (quel regard !), je m’apaise, tout va bien. On repart pour une cérémonie collective, peu de préparation dehors (il fait beau). Je joue et compare ma guimbarde avec Anne, Brigitte m’invite à en jouer avec eux pour la cérémonie « Enketuya sera ravie si tu joues avec nous ! ». Non, pas possible !… Je fonce, et je m’éclate, j’apprends en plus, tout va bien, je sens que je suis moins sur la tension, sur l’objectif, il se passera ce qu’il se passera…
Ça retape, tambour, transe, je retourne m’asseoir avec les autres, je ferme les yeux, je fais le vide, je sentirai ce que je sentirai, c’est tout ! Et là, je vole… Je passe les détails … et j’ai eu un flash qui me desserre enfin le cœur. Je vole, si vite, si bien, si haut, que c’est pour ça que c‘est pas un problème si je retrouve plus mes jambes : je vole ! Merci. Quel soulagement !
Brigitte nous appelle, Nath et moi, nous dit qu’Enketuya lui a dit qu’il y a deux chamanes dans le groupe, Nathalie et moi ! Je suis tellement dans la sensibilité que j’accueille, je comprends, ça ne m’étonne même plus, c’est pour ça que j’ai la sensation de faire du bien aux gens, de les « réparer » ou du moins d’être poussé à ça (les ados et tout et tout…). J’accepte, je vais aller vers ça !
Brigitte me demande ce que j’ai vu, de la lumière qui brille, qui brûle, des paysages qui défilent sous moi à toute vitesse sans s’arrêter vers un horizon qui brûle, qui grille de lumière et j’avance, et j’avance, en fait je vole. Et… Je lui dis pour mes jambes. Je respire, je respire enfin. Mais oui, déjà, à la clinique traditionnelle, le toubib m’avait dit que j’avais une grosse colère contre… l’opération… et mon état ! Pfou !… Ça me fait du bien.
Et puis on a fait une séance, Didier, Nath et moi, pour travailler sur Christine, sur photo, et on est rentrés tous les trois (les autres étaient en rando ou en soins) à travers la forêt, parlé entre amis, j’ai lavé quelques fringues. Je n’avais pas envie d’écrire tout ça, mais c’est bien quand même. Enketuya m’aime beaucoup, c’est vrai que j’ai un bon feeling avec elle. Je suis libre, je suis dispo. Il me tarde de rentrer à Narbonne. Il me tarde de revenir en Mongolie.
Il est 18 h 30, les autres sont revenus, personne n’est indemne, ça parle fort, ça parle chaud. Avec les yourtes, on entend tout ce qu’il se passe autour. Ça, on peut dire, voyage réussi pour Nathalie ! Et allons bon, deux chamanes de plus sur Narbonne à présent…

JOUR 11
Hier soir, au debriefing, certains ont exprimé leur frustration par rapport aux consultations chamaniques, qu’ils ont trouvées juste comme un entretien avec un psychologue quelconque. Ils auraient aimé du tambour, de la transe, et des réponses ! Je commence à comprendre la philosophie chamanique ici. Viens pas chercher des réponses, mais une « sensation » qui te met, si tu l’écoutes, sur un chemin qui va te remettre dans l’axe et donc te réparer ! Bref, y en a qui sont pas contents ! C’est aussi parce qu’ils ont payé. Hé, hé, moi je n’ai rien payé du tout et j’ai eu tout ce que je voulais !
On repart ce matin, cérémonie très tôt (7 h là-bas). Tout le monde est fatigué, il fait froid et… c’est le bordel, comme d’hab. Ils ont pas organisé, y en a qui sont pas là, une seule voiture pour amener tout le monde… Les Mongols !
Heureusement que Brigitte est là ! Mais bon, tout se met doucement en marche… (disons qu’on aurait pu arriver deux heures plus tard, mais va savoir si ça fait pas partie du tout, 7 heures du mat’, la pleine forêt, transis de froid, à attendre et à regarder se monter le tipi, et à ramasser du bois pour faire du feu et à se demander pourquoi tu es là, décrochage, décrochage, décrochage !…
Tout se met en place, les « déçus » ont leur cérémonie privée, tout le monde est content, je suis de plus en plus intégré, on dirait que je suis avec eux depuis toujours… Enketuya m’affectionne tout particulièrement, et Brigitte itou… Et tout ça se passe dans la plus grande simplicité… Même moi, je me sens à l’aise / Cérémonie / Aucune pression / Là c’est plutôt l’ours qui nous rend visite (et plus l’aigle, dans son halo autour du soleil) / Brigitte Ougods me dit que je dois continuer, me faire confiance, je vole, et je cours, et je rassemble les gens autour de moi… Je le savais déjà, sauf que je l’accepterai mieux désormais, et que j’aurai plus besoin de frimer, de faire semblant !…
Retour, sieste, et atelier théâtre (enfin). Je les ai fait bien travailler. On a terminé sur la chanson de Tom et Jerry. Ils ont semblé ravis. Le road trip tire à sa fin, ça commence à se sentir. Sacré voyage quand même, et pour tout le monde. Personne n’en sortira indemne ! Bravo à Nathalie, je ne sais pas comment elle a fait, mais bravo !
Mais après tout, c’est une chamane, alors…
Ça la touche profondément, Enke et Bri lui ont dit qu’elle devait et allait changer sa manière de travailler et ça tombe bien, elle est en train de vouloir changer ! Nath prend vraiment tout cela au sérieux. C’est une chouette fille, et on aura fait une belle équipe, bordel !
Soirée tarot, et vodka ! On s’est lâchés, c’était bien (toujours les mêmes : Didier, Nath, Jocelyne, Marc, Caroline, Florent, Laetitia) et dodo.

JOUR 12
Dernier tronçon de piste et route avec les chauffeurs et les WAZ wagons (quels engins !…). Tout le monde est un peu fatigué. On a mangé au milieu de nulle part, pique-nique entre deux camions avec bâche pour le soleil (qui tape sérieux !…), en pleine steppe avec Moron au lointain, l’aérogare au lointain et les montagnes pelées derrière. Si, quand même on n’était pas seuls, y avait un troupeau de pattes courtes, au lointain.
Assez surréaliste : au bout du compte, on est partis vers l’aéroport à pied, avec l’impression de s’approcher vers une oasis de… civilisation !
C’est ça qu’il y a de bien en Mongolie, t’as pas à être inquiet, parce que les éventuels emmerdeurs, tu les vois venir de loin !

Mongolie, juillet 2019, François Delclaux

Séminaire d’études en Mongolie « Aux origines du chamanisme » du 9 au 23/07/2019

par François Delclaux

Introduction
« Ce séminaire a pour objet l’immersion dans la culture mongole et la découverte du système de soins où le chamanisme retrouve une place de plus en plus importante après les années de domination russe ».

Tel est l’objet de ce voyage-séminaire décrit dans le document de présentation de Nathalie Leconte.

Je ne suis pas médecin généraliste. Mais en tant que récent retraité d’une carrière professionnelle qui m’a mené en Asie Centrale, et m’étant déjà intéressé à la médecine chamanique, Nathalie a accepté que je me joigne au groupe de la douzaine de généralistes qui ont participé à ce voyage.

De plus, et parallèlement à cette découverte du chamanisme, Frank Dautais a proposé au groupe des ateliers de théâtre.

L’axe principal de ce séminaire a été une prise de contact avec le chamanisme mongol, très proche parent de celui pratiqué en Sibérie. Ce que je peux en dire sera évidemment très superficiel, vu la complexité de ces pratiques et leur niveau symbolique fortement relié au mode de vie mongol. Cette approche a été complétée par des rencontres avec le monde médical plus classique dans un hôpital moderne et une clinique de soin traditionnels lors de notre séjour dans la capitale Ulan Bator.

Nous avons rencontré deux chamanes et participé à plusieurs cérémonies chamaniques, très différentes selon la chamane en question.

Rencontre avec Enkhtuya
Enkhtuya est la première que nous avons rencontrée. Elle fait partie de l’ethnie des éleveurs de rennes, les Tsaatan, résidant dans le nord du pays au bord du lac Khovsgol. Enkhtuya est très connue, non seulement par son expérience en matière de soins, mais également pour avoir formé de nombreux chamanes étrangers. C’est d’ailleurs une chamane française, Brigitte Pietrzak, formée par Enkhtuya, qui a assuré l’interface entre notre groupe et la chamane, avec l’aide de notre guide-interprète Oyun.

En préambule aux trois cérémonies chamaniques prévues, une discussion a rassemblé notre groupe et Brigitte, ainsi que Anne, une française également en cours de formation. Cette réunion, qui s’est tenue dans le tipi d’Enkhtuya, a permis à chacun de se présenter. Puis Brigitte a fait un petit topo sur ce qui l’a amenée dans cette trajectoire chamanique, et également comment elle se partage entre Créteil où elle vit et exerce son activité de guérisseuse en France, et la Mongolie où elle continue à se former et participer à des séances de soins. Dans ce temps d’échange, les membres de notre groupe ont posé des questions sur le chamanisme, les esprits, les cérémonies. S’il fallait synthétiser les réponses de Brigitte à nos questions sur les cérémonies, ce serait : «  ne pas penser, ne pas chercher de réponse, se laisser faire et toucher ».

Il nous a été proposé également, pour ceux qui le souhaitaient, d’avoir une consultation individuelle et payante avec Brigitte et Enkhtuya, que ce soit pour une raison physique ou psychologique.

Le principe des cérémonies est le suivant: après des rituels de préparation (chauffage de la peau du tambour, préparation des offrandes à base de lait et de vodka, fumigations de genévrier), la chamane, aidée par son assistante, met ses bottes de cérémonie, une coiffe-masque ornée de plumes et autres attributs et recouvrant les yeux. Elle revêt son grand grand manteau de chamane. Puis assise en tailleur, elle se met en état de transe grâce à son tambour et des incantations, état qui la met en relation avec les esprits. C’est dans cet état qu’elle peut « soigner », soit le groupe, soit les personnes qui ont eu une consultation ou qui une demande spécifique, soit des personnes dont elle reçoit une énergie particulière.

Les trois cérémonies ont été à la fois similaires, et très différentes dans leurs déroulements/ambiances. Les deux premières ont eu lieu dans une yourte à cause du mauvais temps. C’est un espace confiné, où on peut ressentir un sentiment d’oppression, sentiment augmenté par la chaleur du poêle, par l’orage qui s’est abattu durant la 2ème cérémonie et également par le nombre de personnes présentes. Car en plus des deux chamanes, de leurs assistantes et de notre groupe, étaient présents deux françaises en période de « réparation » suite à des problèmes personnels, des interprètes, et quelques mongols. La 3ème cérémonie s’est déroulée en plein air, dans un ovoo : c’est un lieu sacré, marqué par des faisceaux de bois ornés de tissus multicolores entourant une aire et plusieurs petits autels dédiés aux esprits. Ici aussi, beaucoup de personnes ont participé à la cérémonie.

Dans chacune de ces cérémonies, il est possible à un participant d’avoir un « soin » particulier en s’agenouillant devant la chamane et en émettant une demande particulière. Ce qui est remarquable, c’est :
– que cette demande a un caractère public dans la mesure où tout un chacun comprenant le mongol peut entendre le motif de la demande ;
– que cette demande peut avoir un caractère divinatoire : mon fils va-t-il se marier ? vais-je avoir un bon travail ?
– que cette demande passe par le truchement d’un interprète y compris pour les mongols. C’est l’assistante de la chamane, laquelle est toujours plus ou moins en transe, qui traduit la demande du « mongol usuel » en « mongol chamanique ». Comme si il existait un langage de transe non compréhensible directement .

Rencontre avec Ganjigur
Nous avons rencontré la 2ème chamane, Ganjigur, à Olziit, village au cœur de la steppe mongole. C’est une femme de 35 ans, plus jeune que Enkhtuya, qui nous a accueillis dans sa maison pour un entretien avec le groupe. Cette femme a été atteinte à 15 ans d’une maladie « chamanique » – une maladie inconnue ou mal diagnostiquée ? – localisée dans la moelle épinière. Elle a été opérée à plusieurs reprises sans succès jusqu’à ce qu’elle soit prise en charge par une chamane qui a amélioré son état – elle marche néanmoins avec des béquilles – et qui l’a amené à devenir elle-même chamane.

Elle a répondu à plusieurs de nos interrogations concernant les soins. Notamment, le chamanisme permet de :
– régler et soulager les problèmes physiques et psychologiques ;
– d’intervenir en cas de conflit entre deux personnes ;
– d’intervenir à distance ;

De plus les participants autres que la chamane peuvent partir en transe pendant une cérémonie, ce qui leur permet de se « vider » des mauvais esprits avant que les « bons esprits » interviennent. Enfin, elle a mentionné le rôle des animaux – aigle, loup, ours, etc.– en tant que véhicule des esprits, mais de manière moins marquante que la 1ère chamane.

La cérémonie s’est déroulée le lendemain dans les yourtes de ses parents, dans la steppe. Celle-ci, très différente des 3 premières, s’est déroulée en 4 parties :
– dans une des 2 yourtes, préparatifs par la chamane devant un autel par invocation des esprits après avoir revêtu habit, masque et bottes ;
– dans la seconde yourte, surchauffée par un poêle, nous sommes passés par une opération de purification : en sous-vêtements, nous nous sommes fait asperger d’un liquide chaud à base de genévrier et de thym, au dessus d’une bassine contenant des pierres brûlantes et dégageant une forte vapeur ;
– la cérémonie a repris à l’extérieur où la chamane a de nouveau revêtu ses habits rituels. Nous étions en 1/2 cercle autour d’un brasero, et la chamane nous a fait accomplir plusieurs gestes rituels : mettre des herbes et du beurre dans un feu, disperser aux 4 points cardinaux de la vodka et du lait en prononçant nos prénoms, recevoir une poignée de grains de riz et n’en garder que 9. Cette partie a été un peu compliquée à accomplir, car nous étions nombreux, il y avait toutes ces taches à effectuer, et il était difficile pour notre interprète d’être synchrone dans la traduction en temps réel ;
– la partie finale s’est déroulée dans la première yourte où à nouveau la chamane a revêtu son habit pour partir en transe. Puis, pour ceux du groupe qui le désiraient, nous somme venus un par un nous agenouiller devant elle pour un « soin » individuel. Ce soin est basé sur une imposition des mains, sur une circulation d’énergie entre la chamane et le « soigné ». La durée et la qualité de ces soins individuels ont fortement varié d’une personne à l’autre. Ce soin individuel se terminait par la vérification que les mauvais esprits étaient bien partis. Pendant que le « soigné » boit et se lave avec du lait, la chamane jette en l’air une petite coupe ayant contenu le lait. Si la coupe retombe à l’endroit, tout va bien. Si la coupe retombe à l’envers, alors la chamane utilise un fouet pour chasser les mauvais esprits en alternant des coups plus ou moins légers sur le dos et des coups très violents et bruyants sur le sol, cette dernière séquence étant assez impressionnante.

Réflexions du groupe sur ces pratiques chamaniques…
Après chacune de ces cérémonies, le groupe a tenu un debriefing pour échanger collectivement ses propres impressions et la manière dont chacun avait vécu ces moments particuliers. La liberté de parole et la confiance qui régnaient dans le groupe a permis des échanges extrêmement intéressants, par leur variété et par leur sincérité.

Il faut noter que la plupart des généralistes présents ont une pratique médicale « élargie » : ils ont souvent une formation/pratique en homéopathie, hypnothérapie, acupuncture, etc. À ce titre ils sont très ouverts à d’autres types de soin.

Certaines personnes ont complètement plongé dans l’expérience, soit en entrant dans une sorte de mini-transe, soit en laissant venir des visions, ou images, sans doute proches de celles qu’on peut recevoir en état d’hypnose. Je pense, pour en avoir fait l’expérience, que ces états sont en partie facilités pour ceux qui avaient eu une consultation personnelle, l’expérience chamanique ayant été nourrie par une problématique personnelle réactivée.

D’autres se sont mis dans l’état de disponibilité proposé par la chamane française, sans pour autant accéder à une vision ou transe. Pour certains cela a été dû, très prosaïquement, à l’inconfort durant la cérémonie (celle-ci durent un peu plus d’une heure) : assis sur de petits tabourets incommodes, sentiment d’oppression dans la yourte, gouttières pendant l’orage. Pour d’autres, c’est l’aspect « esprit » qui a fait obstacle : nous vivons en France dans une société profondément laïque où la relation avec des « esprits », surtout de nature animale, n’est pas évidente à accepter.

Pour d’autres encore, c’est l’aspect rituel et spectacle qui a pris le dessus : il y a quelque chose de magique à observer la richesse visuelle des habits, la danse de transe, les mouvements du tambour. Cet aspect visuel est amplifié par l’univers sonore du tambour, par les incantations vocales impressionnantes, très graves ou très aiguës. Également à un moment par les pleurs très sonores d’une « soignée ».

Des membres du groupe ont trouvé cette expérience intéressante sans plus, ou bien ont vécu ces temps comme une pratique de méditation, un peu particulière compte tenu de l’ambiance sonore.

Enfin certains ont ressenti quelque chose de faux dans cette mise en scène.

Un aspect intéressant qui a été également abordé est le rapport à la vision et/ou transe. Il y a en effet une forme d’injonction (même si ce terme est un peu fort), soit auto-suggérée, soit suggérée (un peu) par la chamane, à avoir des visions ou à ressentir un état de transe. D’où une forme de gêne/culpabilité à ne rien ressentir.

… et réflexions personnelles
Il m’est délicat de me situer face à ces pratiques, du fait de la brièveté de ces expériences et de mon formatage « occidental ». Une forme de rationalisme peut être un obstacle pour recevoir ces cérémonies. Ceci dit, ma propre attitude face à ces pratiques est déjà en soi très intéressante.

Vu de l’extérieur, ces cérémonies peuvent apparaître comme des mises en scène naïves conduisant à embobiner le « patient ». Pourtant, il m’a été difficile de résister à la force de ces cérémonies et à l’énergie qui s’en dégage.

Un des points important dans le chamanisme est le mélange du soin et de la religion. En Occident, la médecine et l’église (au sens large) sont séparées, alors qu’en Mongolie les deux sont inextricablement liées, du moins dans le chamanisme. Les soins s’appuient sur la croyance dans le pouvoir des esprits, souvent des animaux (loup, aigle, etc.) et le chamane est le vecteur par lequel ces esprits, bons ou mauvais, vont influencer la santé ou le cours de la vie des mongols. Cela passe par des rituels profondément ancrés dans la vie quotidienne des mongols. Sachant que la moitié de la population mongole (1.5 million d’habitants) vit dans la steppe , où la nature est extrêmement présente sous toute ses formes (climat rigoureux, subsistance grâce aux animaux domestiques, présence des prédateurs), le lien religion-nature est très fort. On peut noter qu’il n’y a pas si longtemps, certains rebouteux de nos campagnes s’appuyaient sur des prières religieuses pour le soin proprement dit. Et même si l’aspect religieux a disparu, il n’en reste pas moins que les coupeurs de feu continuent d’opérer, ainsi que certains guérisseurs.

Un autre aspect troublant déjà souligné est l’aspect collectif du soin : tout un chacun peut être au courant des attentes d’un patient. Ici, point de secret médical ! Ce système fonctionne comme si il était important pour la communauté que chacun soit au courant de l’état de santé des autres. Peut-être parce que les conditions vie sont parfois tellement difficiles que le groupe, notamment familial, doit pouvoir s’appuyer solidairement sur chacun et que la santé ou la maladie se doit d’être intégrée à un fonctionnement solidaire.

Enfin, comme dans tous les rituels, la symbolique des éléments utilisés est fondamentale. Mais elle échappe. Je peux comprendre l’importance du beurre et du lait pour ces sociétés nomades qui (sur)vivent grâce à ces éléments. Idem pour la vodka qui fait partie d’un fond social commun. De même les points cardinaux : quand on se trouve dans la steppe infinie, on comprend que ce rapport à l’espace est fondamental. Mais la compréhension intellectuelle n’est pas un ressenti, et m’a laissé quelque part à l’extérieur. Ces symboles jouent difficilement leur rôle de lien entre moi et l’environnent social et naturel.

Également certaines questions restent sans réponse :
– est-ce que ce système est efficace, médicalement parlant ? Aucune idée sur cette question. Nul doute que l’effet placebo, comme partout, doit jouer son rôle. Mais la question du résultat des soins n’a pas été abordée en tant que telle au cours du voyage, ce qui est dommage.
– y a-t-il de faux chamanes ? des arnaqueurs ? Il n’y a pas de raison que la société mongole soit exempte de ces travers. Ce qu’on peut dire pour le vécu du groupe, c’est que l’accueil par les deux chamanes a été très bienveillant et très empathique, et que leur attitude vis à vis de nous a été très honnête.
– les mongols sont-ils soumis au chamane ? j’imagine qu’il existe un aspect soumission à ce personnage pourvu de certains pouvoirs. De la même manière que dans notre système médical certains patients peuvent être complètement soumis à un spécialiste. Cependant, il est frappant de constater qu’à la fin d’une cérémonie chamanique, la chamane sort immédiatement de son état de transe. Elle sourit, elle discute facilement, elle boit son thé, presque comme si de rien n’était. Il n’y aucune frontière entre elle et les participants et les patients : elle a une attitude très simple.

Et aussi…
Ces pratiques remontent très loin dans le temps, certains la situant au paléolithique. Elle sont extrêmement vivaces en Mongolie et Sibérie, et également chez les amérindiens d’Amérique du nord, du centre et du sud. Une hypothèse de cet héritage américain réside dans la migrations des peuples sibériens par le détroit de Béring il y a 40 000 ans. De fait, le chamanisme est l’expression de la recherche et du lien de la communauté avec le sacré, avec l’invisible, comme dans toutes les sociétés. Chez nous la spiritualité s’est ancrée dans le catholicisme. En pays musulman, l’islam joue ce rôle. Au Japon, le shintoïsme intègre l’animisme et le culte des ancêtres. Dans ces expressions du sacré, il y a très souvent un médiateur – sorcier, prêtre, chamane. Chez les sociétés dites « primitives », la nature et ses forces relèvent du sacré. La santé dépendant du rapport avec les forces de la nature, elle est intégrée aux actes religieux.

En d’autres termes, les sociétés ont toujours une aspiration vers le sacré, vers l’invisible, celle-ci s’incarnant dans le substrat culturel du moment : la nature, la religion « officielle », la psychologie/psychanalyse…

De nos jours et dans notre société moderne, l’héritage des grandes religions monothéistes, de dimension verticale, a dissocié l’homme de la nature et des pratiques animistes, de dimension horizontale. Il s’ensuit une dissociation très nette de la santé , et donc de la médecine, avec le spirituel. À ce sujet, il est curieux de noter (article récent du Monde) une recrudescence de quêtes chamaniques en France, sans que les motivations soient très claires : peut-être un retour à la nature et une méfiance par rapport à la médecine classique, avec toutes les ambiguïtés que cela comporte… On peut également noter que la médecine officielle commence à intégrer dans certains actes l’hypnose et la méditation. Sachant que de telles pratiques sont une forme particulière de transe, on peut se demander si la médecine ne commence pas à prendre en compte un aspect plus qualitatif de la santé. Ce qui, évidemment, n’enlève rien et reste très complémentaire aux progrès de la médecine moderne, notamment en cas d’urgence et de maladies graves.

En guise de conclusion
Comme déjà mentionné, je ne suis pas médecin. Néanmoins, au vu des échanges qui ont eu lieu entre les généralistes du groupe, je pense que ce voyage-séminaire apporte une dimension plus large à la perception des problèmes de santé pour des praticiens. D’autant que les cérémonies chamaniques ont été complétées par des visites d’hôpitaux et de cliniques où le système moderne de soins est accompagné par une tradition officiellement reconnue et basée sur l’acupuncture, le massage, la phytothérapie.

Il faut également noter que la qualité de relation dans le groupe a vraiment permis des échanges extrêmement riches et confiants. Ces discussions ont été pour moi des moments clefs du voyage. Nul doute que les activités proposées par Nathalie (Qi gong, danse-poême, lecture collective de contes mongols) et que les improvisations théâtrales animées par Frank Dautais ont fortement contribué à la cohésion du groupe : se retrouver ensemble dans des enchaînements Qi gong face à des paysages superbes, et rire de nos ratages théâtraux, non seulement mettent une bonne ambiance collective mais installent un climat de confiance permettant à chacun de s’exprimer sans peur du jugement de l’autre. Ceci vraiment important dans des situations aussi particulières que les cérémonies chamaniques dont l’énergie peut fortement émouvoir.

Chine 2019, écrits et commentaires

Premières expériences. 1er groupe

C’était lundi matin. Après une nuit glaciale et un petit déjeuner réconfortant, avides de découvertes, nous entreprenons l’ascention de la terrasse par la face Est !
Frappés par la légèreté vestimentaire de notre maitre de qi gong, Valérie, grelotants, nous voilà à nous frapper les cuisses pour nous réchauffer et stimuler de mystérieux méridiens qui nous traversent.
Chatouillis sur la moustache, déblocage des articulations, essorage de la moelle, ancrage, axe, centre, pousse pousse ton voisin : Autant d’expériences qui nous surprennent et nous animent.
Valérie nous guide. Corps, cellules, racines, flèche d’énergie , nous voilà connectés à l’univers.
Chaudron du corps, chaudron du cœur, chaudron de l’esprit, cuisinons, goûtons et dégustons force et apaisement.

Souvenirs de Chine

Soleil et trombes d’eau suivis d’une bonne odeur de terre mouillée
Du calme après la tempête et les voitures qui glissent en silence
Un thé pour se réchauffer, un massage vigoureux,
On respire

Marcher en silence au milieu des paysages verts et des cerisiers en fleurs
Partager un thé dans les monastères,
Repartir ensemble, apaisés,
Nous allons sur le chemin de la sérénité,
Tous avec le sourire

Silences urbains, cacophonie des marchés
Demeures cubiques blanches, farandole de lampions rouges,
Cerisiers en fleurs et gâteaux à la rose
Envol des oiseaux vers les monastères et arts sacrés
Sur le chemin de la sagesse, entrer dans la danse

Découvrir le plaisir de chiner un châle chiné jaune et vert,
Entre les scooters électriques et la ritournelle des camions poubelles,
Les saveurs des gâteaux à la rose
Le vert des légumes et du thé

Commentaires Chine
Virginie : Mille mercis Nathalie pour ce merveilleux séminaire plein de découvertes de rires et de magie. Très heureuse d’avoir le privilège de pouvoir repartir pour denouvelles aventures avec toi

Frédérique : Un séjour qui remet en forme à tous points de vue, je me sens régénérée

Marine : “Quelle découverte!
Je pars de Chine enrichie de mille souvenirs et de mille (re)connaissances.
Ce voyage est une reconnexion du corps avec l’âme, mais aussi avec la nature.
J’avais grand besoin de ce ressourcement et je vous remercie d’y avoir contribué
Je n’ai pas seulement nourri la vie durant ce séjour, j’ai vécu “une petite mort” pour mieux éclore de nouveau. Je suis prête à savourer chaque instant sur ce petit bout de terre.
Modestement, merci. ”

Encore merci pour ce voyage qui fut tout simplement beau.

Équateur, novembre 2018, l’équipe

Successivement, textes de
Florence, Caroline, Céline, Marc, Bridget, Bernard, Annick, Brigitte.

Florence
La vie est un chemin d’expérience qui transporte le rêve mais aussi le parfum de la mort. La cascade du temps m’assourdit de mots, de visages, de visions dans lesquels je me régénère. Son eau, irisée des rayons du soleil qui filtrent à travers les arbres est comme ce chemin. Ses particules minuscules pulvérisent l’air, l’espace, le temps.
La découverte de soi passe par la découverte du monde et réciproquement, dans une intimité qui fait peur mais qui nous lie au Grand Tout.
Le Grand Tout, le grand Manitou des indiens.
L’arbre de vie transpire, il est moite de tout ce qu’il respire, il déglutit
transforme la matière, transforme l’air qui nourrit toute chose.
Le corps, lasse, reçoit par tous ses pores la lumière du jour qui tombe. Les
rayons du soleil me baignent dans une parfaite détente paradisiaque.
Je ne peux m’arrêter décrire la béatitude du monde, comme hypnotisée par
chaque particule de lumière.
Je voudrais regarder le fleuve mais mes yeux suivent ma main qui écrit.
L’Indien est là, stoïque, visage hiératique, fort de son savoir. Il parle à mon côté dans la nuit qui tombe. J’entends sa voix qui me porte dans la cérémonie rituelle. Elle s’envole et me berce, me retient au bord du vide, m’invite au vide, me tend le filet que je prends pour me jeter dans l’espace-temps. Tout est coloré : Les jus des fruits, les fleurs, la lumière sur le fleuve. Je suis parcourue du frisson du fleuve. Le chien aboie face au fleuve qui coule sans force jusqu’au fleuve suivant, du fleuve suivant au fleuve puissant et large jusqu’à la mer où tout se noie.
La Mer, la Terre, la Terre –Mère, la Pacha Mama, le Grand Tout.
Lâcher prise, respirer, écarter les bras et se jeter dans le fleuve, continuer son chemin jusqu’au Grand Tout. Jusqu’au melting point de l’univers.
Le rien est infini.
L’univers est une grande cérémonie, un immense orchestre, l’harmonie et le chaos.
Merveilleux !
Expérimenter le merveilleux.
Florence


Caroline

Atelier d’écriture Amazonie

L’Équateur, c’est partir, rêver de changer de continent.
Atterrir à Quito et songer déjà à la cascade que l’on va rencontrer. Petit à petit, s’immerger dans les décors multicolores.
Approcher cette médecine pour progressivement s’y enfoncer. La découverte d’une pensée et surtout d’une humanité.
Dans la forêt moite et primaire, réapprendre à respirer pour s’imprégner de sa force. Croiser des feuilles luisantes, des fleurs aux formes sacrées et suivre les papillons jusqu’à leur disparition dans la canopée paradisiaque. Dans les traces de la machette, ne pas craindre de se perdre, car toujours bien guidés par les indiens pour qui la végétation n’a pas de secret.

L’Équateur, c’est aussi s’envoler avec le colibri et planer avec les rapaces.
D’une autre façon, rencontrer le monde céleste coloré auprès de José et ses boissons aux mille vertus. Se faire confiance, avancer tous ensemble, forces unies vers les étoiles. Glisser sur la pirogue dans le silence de la nuit sans lune. Sentir le vent nous caresser et lâcher prise pour de vrai. Sourire à la vie qui nous attend, repartir grandis de toutes ces cérémonies, remplis d’une énergie nouvelle à partager.
Se dire que l’on reviendra, un jour, peut-être, dans ce pays merveilleux, explorer ce qu’on n’a pas pu voir. En attendant plonger dans ses souvenirs, et expérimenter le voyage par la pensée.

Caroline
29/11/2018


Céline :
Ce soir, la lumière est intense, les sons des oiseaux font rêver, la cascade n’est pas loin, c’est enchanteur. La fatigue de la journée se fait ressentir, cela s’ajoute à la sérénité multicolore du soir.
Ce voyage a été source de révélations, de connections, d’apprentissages, d’échanges et de découvertes. Tous ces souvenirs permettront de se sentir plus forts, de retour à notre quotidien. On pourra repenser à la chaleur moite des promenades en forêt, aux orages qui permettent de respirer un peu d’air frais à la nuit tombée, aux bonnes soupes qui nous nourrissaient pour la journée, aux cris permanents de la forêt la nuit. Puis on se remémorera aussi la présence tranquille de Manuel, le soin de José dans ce lieu paradisiaque, la gentillesse de Rosa et Umberto, l’humanité d’Hermann, la force de Enrique, qui sauront nous porter.
Ce voyage indien touche à sa fin, il n’a duré que deux semaines qui semblent un mois, tellement les minutes passées ici s’envolent vite, trop vite. Il aura révélé une autre vision du monde, une autre approche de la santé et de la maladie, coloré notre pratique parfois un peu terne, pour notre bien et celui de nos patients.
Entourés ici de nature et de calme, nous pouvons écouter nos pensées, nos émotions et nos sentiments, cela crée une force nouvelle, qui nous portera encore longtemps. Peu à peu la lumière baisse, baignant le fleuve d’une lumière d’or, et c’est bien le premier soir où il n’y a pas d’orage pour nous cacher ce spectacle. Ici tout incite à lâcher prise, on est hors du temps.
Pas envie de quitter ce bel endroit, même pour retourner à Quito, qui n’est pas si loin, toujours dans ce beau pays.
On voudrait retrouver à nouveau l’ambiance de ces cérémonies, qui nous reliaient tous dans une même félicité, attentifs aux besoins de chacun, sous la vigilance attentive du merveilleux chaman.
L’idée du retour à la ville bruyante et polluée n’est pas réjouissante, comparée à ce havre de paix.
Ayant bien expérimenté la Cosmovision, nous pourrons certainement appréhender notre retour plus sereinement.


Marc :

Au fil des ondulations de l’écorce, voguent les reliefs, d’un Quito qui n’est qu’en collines
Des collines de lave endormie, éternelles
Des collines aux amours et aux adieux, éphémères
Des collines pour le jour et pour la nuit,
Des collines vert de gris.

Des collines cathédrales. Elles sont élevées sur des mythes perdus.
Du dieu Soleil, aux sermons sous les dorures suspendues.

Enfin, puisque c’est de l’altitude qu’on s’élance le mieux,
Quito tremplin ; du prévisible, vers le chaos des jolies choses…
Bon voyage !

Ce visage est une île agitée d’Italie
Il est otage de gaité
Il ne cache pas son origine, d’un val avili de lave
Ni son corps, d’étais et d’étoles étoilées
Ni ses yeux âgés, galets lilas, goélettes volages
Ses lèvres en ailettes ovales
Ni ses sourcils, se love un soleil voilé
Dans ce visage, tissage d’une vie
Vous pouvez lire les vestiges des vétos et la sagesse votive
Dans ce visage, toile gelée et sage
Il y a des étalages de glaives las et de létal litige
Ce visage est sagesse
Il va, vit, et vestige âgé…
Il est une fenêtre ovale, toise la vallée des étoiles voilées

D’une lune de Saturne, je t’écris sous un soleil de Sahara.
Ici la neige est grise, d’un temps qui n’existe pas.
Mes pensées grésillent électriques. Tout connaitre de ce monde d’en bas.
Des spirales éternelles, aux éphémères hommes des bois.
San Clemente sous la neige, dans un Sahara, sur une lune de Saturne. Pourquoi pas.

Après un hiver sans fin, le feu sous la glace.
La promesse d’un été qui dure un peu.
Minuscule grain de sable, dans les énormes rouages en fer de la bêtise.
Savoir pour combattre.
A l’abordage !

Aux jeteurs de sorts
Au matin des chamans
Chacun rêve sa vie
Entre les éléments égoïstes
Et les cascades dorées.

Au crépuscule des mages
Les cœurs multicolores, dans un bleuâtre qui fait toute nature esprit.
La promesse d’un mystère, chiens et loups mélangés.
Les canopées en cathédrales découvertes
Et les troncs en autels sacrés.

A la nuit des sorcières
Le pavot des poètes, au milieu des éthers
Les yeux clairs entre les mandragores
Les corps moites, qui se murmurent des encores

A l’aube des taita
La respiration de la forêt
L’horizon qui manque, à nos yeux déglingués
La spirale d’une vie, futile et précieuse
Le paradisiaque incompris

Au quotidien des jeteurs de sorts
Les indiens incompris,
S’envolent entre les lianes colorées des morts
Par la force de l’esprit

Au quotidien des jeteurs de sort
Le lâché prise est béni

Et puisque tout passe, tout casse et tout se lasse
Que même les étoiles meurent aux confins gris

Des cérémonies sans merveilleux factice
Expérimenter l’illusion
Pour nourrir le réel


Bridget :
Voyage rêvé, et presqu’accompli,
Accompagnée vers la cascade par les chamans,
Belle connection !
Fraîcheur, mais aussi, liberté, dans la nature, sensuelle et multicolore ;
Poursuivre vers une découverte des plantes, des fruits, des lianes, s’y suspendre pour éprouver l’envol vers d’autres horizons,
Goûter un bain de vapeur, mélangeant les sentiments moites, éliminer et respirer par tous les pores de la peau,
Boire la médecine de l’Ayahuasca, accueillir la chaleur dans les tempes et nettoyer les énergies négatives, sans souffrance,
Accepter son enseignement paradisiaque, mystérieux ;
Dilatation et tremblements.
Chanter avec les indiens, dans les ténèbres de la nuit,
L’orage au loin,
Bruit des feuillages, et incorporer la petite graine sur la corona.
Troisième œil, guide- moi ! Aide-moi à m’envoler aussi loin dans l’univers, à m’accrocher à une étoile,
Prendre de la hauteur,
Aide-moi, et conduis- moi à l’harmonie.
Nature, Homme, Animaux, Plantes et Eaux, Feu et Air, la force de tous les éléments réunis.
Partage heureux et simple, unique et personnel à chacun, collectif aussi, puisqu’universel.
Lâcher prise pour une communion totale, oiseaux de feu, feu d’artifice de sensations, de saveurs ;
La cérémonie prend fin, l’énergie monte et s’amplifie.
Merveilleuse nuit, la lune et les éclairs font l’amour,
Début lumineux d’une journée, toujours recommencée ;
Expérimenter le bonheur,
Vertige et gratitude !

Voyage Équateur nov. 2018


Bernard :

Découvertes et initiation.
Que de découvertes en quelques jours, la cascade sacrée au fond de la forêt amazonienne chamarrée de fleurs multicolores éparpillées le long du chemin escarpé, et d’autres découvertes encore de Quito à Otavalo, d’Otavalo à San Clemente.
Ah ! San Clemente, le San Pedro, la tente de sudation où nous nous sommes retrouvés moites, du mal à respirer, mais le chant s’élevait tout de même, les petites grands-mères envoyaient leur chaleur du fond des âges et des volcans.
Puis nous sommes arrivés dans la forêt amazonienne paradisiaque, où le soleil et la chaleur rivalisent avec la pluie. Visite d’un village indien hier soir accueillis par des danses et des chants traditionnels, où j’allais expérimenter l’inattendu, espérant m’envoler vers d’autres contrées, mais cette expérience s’est transformée un peu en bad trip : les images colorées espérées sont restées en attente, quelques-unes fugaces se sont laissées entrevoir. Mais finalement grâce à la force du chaman et du groupe j’ai retrouvé paix et sérénité, le soin prodigué par José m’a permis de lâcher prise. Peut-être cette épreuve était-elle nécessaire ?
À la fin de la cérémonie chamanique le retour en pirogue s’est transformé en un voyage merveilleux sur la rivière, aucune crainte, la paix revient.
Voudrais-je à nouveau expérimenter l’ayahuaska ? J’hésite encore !


Annick :

Atelier d’écriture

Les oiseaux chantent sans cesse. Je rêve des soirs d’été où les cigales bruissent en cascade , pareil. Il fait chaud, il fait moite, les vêtements collent à la peau. Les fleurs multicolores me font oublier l’air un peu étouffant et j’avance sur ce sentier à la découverte de toute cette nature généreuse.
L’eau est là, au milieu du sentier: bottes indispensables. Tout est moite, j’enlève ma casquette: trop chaud; je respire un grand coup et repars. Tant d’odeurs, trop peut être depuis ces derniers jours qui m’enivrent et me saoulent.
Dans cet univers paradisiaque tout est à portée de mains ou presque. Si c’est haut Paolo fabrique une longue perche astucieuse pour descendre à terre les gousses comme un indien d’Amazonie qu’il est. Mon esprit s’envole.
Aurais -je pu grandir, vivre ici comme lui ?
Colorées de rouge, de jaune,les fleurs sont extraordinaires.
A force, nous pénétrons un peu plus loin dans la forêt après avoir franchi des cours d’eau opaques dont le fond vaseux colle aux bottes. Je suis contente que les miennes lâchent prise. Pas envie d’avoir les pieds mouillés comme Brigitte !
Ce soir nous avons une petite cérémonie d’adieu. Trois jours passés ici seulement mais tellement enrichissants. Je n’aurai jamais autant pris soin de moi, pensé à moi. C’est merveilleux d’avoir redécouvert cela. Il suffit de se laisser porter, de se rappeler que nous sommes les enfants de la terre, de tout ce qui s’est expérimenté ici.
Je m’en rappellerai et en ferai l’effort quotidiennement ; je l’espère 6 jours, 26 jours, tout le temps?


Brigitte :
retour d'Équateur, Brigitte

Ladakh, juin 2018, Marc

Ambiance ambiance…
Au retour de voyage, on se dit que, parfois, la réalité survit à nos attentes démesurées et qu’on en ferait bien des petits textes trop sérieux.
Car, enfin…

Entre les nomades des plateaux et les moines des falaises, les nuages si bas qu’un ciel s’est perdu.
Des lacs salés, aux moutons méthano-propulsés, les lunes pleins phares et les larmes des UV.
Méditations blanches et chants qui vibrent et bouclent, aux oreilles des léopards des arêtes.
Les montagnes en peau de lézards antiques, cimes à la serpe, tranchant les brumes aux verticales des ibex.
Bref, c’était beau.